Le pouvoir des pair·es dans l’établissement de sites d’injection supervisée

Crédit photo: Dr. Peter Centre

En 2002, le Dr. Peter Centre (DPC) fut le premier Site d’Injection Supervisé (SIS) établi au Canada. Depuis lors, plus de 15,000 injections y ont été effectuées sans un seul décès.

Les statistiques du Vancouver Coastal Health indiquent qu’en 2020, il y a eu 1,716 décès par surdose d’opioïdes en Colombie-Britannique. Du premier janvier au 31 décembre 2019, 170,731 injections par 5,111 personnes différentes ont eu lieu dans les sites d’injection supervisée sans aucun décès.

Depuis 2018, l’équipe en application des connaissances du DPC, dirigée par Patrick McDougall, tient des téléconférences mensuelles avec des partenaires d’à travers tout le pays. Ces divers partenaires offrent aux personnes utilisatrices de drogues des services de consommation supervisée et centres de prévention des surdoses (CPS) permettant de sauver ainsi de nombreuses vies.

En tant que pair·es et membres du DPC, quelques-un·es d’entre nous ont été invité·es à siéger sur le Community Advisory Committee ou CAC (Comité Conseil Communautaire). Nos rencontres, qui avaient lieu tous les deux mois, parfois tous les mois, se tenaient dans une salle de réunion avec des organisations d’à travers tout le pays. Le personnel de ces organisations variait des infirmièr·es aux personnes avec un vécu expérientiel, tous·tes rempli·es d’une ferveur à changer les choses et à sauver des vies. 

Durant une réunion, ayant eu vent de notre existence et de nos buts, des officiers de police des Prairies se sont présentés. Ils ont ensuite rencontré des officiers de la police de Vancouver. Quand des représentant·es d’organisations pancanadiennes sont venu·es à Vancouver, c’est l’équipe du DPC qui les a accompagné·es dans leurs visites des autres sites d’injection supervisée.

“S’il n’y avait pas de visiteurs lors des réunions de notre conseil d’administration, nous discutions et échangions sur l’esthétique du site du DPC. C’est ainsi que nous avons choisi des teintes de pastel pour peindre la pièce, des images panoramiques et une pièce pour le répit.”

Puisque le DPC est voisin du St. Paul’s Hospital, qui est doté d’un programme à bas seuil, ils ont installé a côté de l’hôpital une unité mobile pour qu’elle serve de site d’injection supervisée. En diagonale du site se trouve un parc, et mes fenêtres donnent sur ce parc.

La plupart des sites d’injection supervisée de Vancouver situés sur la rue Hastings dans le tristement célèbre Downtown Eastside (DTES) sont dans la “zone’, un quartier que le public accepte difficilement. Par contraste, le Dr. Peter Centre et le St. Paul’s Hospital se trouvent dans le très huppé quartier du West End.

Le site d’injection supervisée du Dr Peter Centre est utilisé par ses membres, et même ceux et celles d’entre eux qui ne s’injectent pas de drogues n’ont remarqué aucun problème. Il n’y a ni violence, intimidation ou menaces au DPC, par contre on ne peut dire de même pour l’unité mobile.

Comme je vis près du parc, je m’y suis assis par jour d’été et y ai observé les enfants jouer, des aînés s’y asseyant et l’usage de drogues à ciel ouvert. Un meutre, intimidation et entrée par effraction sont bien la preuve que pour les sites d’injection supervisée, la localisation et le lieu sont, et doivent demeurer une priorité. 

Les sites d’injection supervisée sont nécessaires dans la lutte à la crise des opioïdes.

“Avec les dispensaires de marijuana qui fonctionnent si efficacement à présent, je crois qu’il devrait en être de même avec les dispensaires d’opioïdes.”

Cela contribuerait à réduire l’impact de l’approvisionnement toxique, et au lieu que les gangs et le crime organisé encaissent les profits du gouvernement, nous pourrions ainsi financer et annuler l’énorme poids économique sur le trésor public. 

Beaucoup des travailleurs·euses de première ligne, particulièrement dans le contexte de la pandémie du COVID-19, besognent sans arrêt à répondre à cette double crise de la santé. Pour ce qu’il s’agit du DPC, il est important de reconnaître le leadership de l’équipe en application des connaissances au cours des dernières années et leur implication au site d’injection supervisée du DPC.

Malheureusement, le conseil d’administration du CAC a perdu l’un de ses membres par surdose d’opioïdes. Le gentleman en question connaissait bien les risques, et pourtant, n’utilisait pas les SIS. Cette tragédie montre bien l’importance du support continu aux services en réduction des méfaits avec la voix et les idées des personnes au vécu expérientiel, passé et présent.

Par: Dan Wilson

Daniel Wilson : Après avoir été parrainé par le Dr. Peter Centre et avoir obtenu son diplôme du programme de capacité communautaire de l’Université Simon Fraser, Daniel a travaillé comme associé de recherche sur l’étude du Dr. Peter Centre. Il a également travaillé sur l’étude Homes at Howe avec le Pacific AIDS Network. Il fait actuellement partie du comité d’examen de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et du comité consultatif communautaire du Dr. Peter Centre. 

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