« Drug Use for Grown Ups : » Une conversation entre Stéphanie et le dernier livre du Dr Carl Hart

*Photo offerte par Nigel Brunsdon

Le dernier livre du Dr Carl Hart Drug Use For Grown-Ups: Chasing Liberty in The Land of Fear pourrait fort bien présenter la perspective la plus courageuse et honnête de l’année en ce qui concerne la consommation et les relations que les personnes entretiennent avec les drogues – il offre une vraie bouffée d’air frais. Le livre regorge d’idées innovantes qui vont sûrement contribuer à changer comment plusieurs personnes perçoivent les drogues et, possiblement, comment les personnes qui en consomment sont perçues par la société. Alors que je lisais les propos du Dr Hart et sa mise au défi des préjugés populaires et souvent normalisés entourant les drogues, ce qui m’a le plus marqué reste son commentaire sur la réduction des méfaits. Dans son œuvre globale, le Dr Hart tente de faire dévier la conversation qui entoure les drogues de ses origines dans une propagande raciste à un discours basé dans la science qui examine franchement les aspects bénéfiques ainsi que les conséquences des drogues. Ainsi, il n’est pas surprenant de constater que la préoccupation première du Dr Hart en ce qui concerne l’expression « réduction des méfaits » est le fait qu’elle présuppose une association négative à la consommation de drogues, et que le terme soit presque exclusivement utilisé en relation aux drogues, tout particulièrement les drogues illicites. Nous nous devons d’accueillir les drogues, nos relations aux drogues et le continuum de consommation de manière holistique. Le Dr Hart note que chaque jour, des millions de personnes partout sur la planète utilisent des drogues sans pour autant subir de conséquences négatives. Le Dr Hart situe cette réflexion dans la plus grande thématique de l’impact du langage et en quoi il façonne notre façon de penser. 

“Nous nous devons d’accueillir les drogues, nos relations aux drogues et le continuum de consommation de manière holistique.”

Dans le discours populaire, on place un accent réducteur sur les conséquences indésirables de la consommation de drogues. Pour établir une comparaison entre l’emphase disproportionnée mise sur les méfaits par rapport à un usage récréatif plus commun et inoffensif des drogues, le Dr Hart utilise l’analogie suivante : « Imaginez que vous souhaitiez en savoir plus sur les voitures et qu’il n’y ait que des informations sur les accidents de voiture ». Hart affirme que l’expression « réduction des méfaits » est trompeuse parce qu’elle occulte le fait que la plupart des gens utilisent des drogues pour rehausser leurs expériences. Le simple fait de consommer des drogues ne constitue pas un risque ou un préjudice en soi. Afin de faire progresser la conversation sur le potentiel de l’utilisation des drogues, l’auteur recommande l’expression « utilisation plus sécuritaire dans un cadre prohibitif », qu’il considère comme une alternative plus neutre et plus juste. Comme nous le rappelle le Dr Hart, « en dehors du monde de la drogue, nous n’appelons pas cela de la réduction des méfaits, nous appelons ça du gros bon sens ». 

 Outre effacer une approche plus neutre à notre perception de la consommation des drogues, le terme réduction des méfaits dissimule également les méfaits générés par la stigmatisation, les stéréotypes, les micro agressions et le racisme qui touchent les personnes racisées et les personnes marginalisées aux identités entrecroisées. L’expression enterre la philosophie libératrice et les mouvements sociaux révolutionnaires qui guident les aspects opérationnels de l’approche. Il est important de noter que le Dr Hart ne parle de la réduction des méfaits que sous l’angle pragmatique, comme la distribution de matériel de consommation sécuritaire, mais comme il le fait remarquer, pourquoi les médecins ou les infirmièr.es ne parlent-ils pas de réduction des méfaits lorsqu’ils utilisent une nouvelle seringue pour traiter un.e patient.e ? 

 Le fait de mettre l’accent sur les méfaits causés par les drogues peut avoir des conséquences pour les personnes qui en consomment. En se concentrant uniquement sur les méfaits et en omettant de reconnaître les avantages de la consommation, les méfaits continuent de prédominer et les avantages restent invisibles. Le Dr Hart affirme que le terme infantilise et infériorise les personnes qui consomment; si la consommation ne comporte que des méfaits, pourquoi une personne s’engagerait-elle dans un passe-temps aussi dangereux ? Le fait qu’on n’utilise pas cette expression en relation à l’alcool et au cannabis constitue un autre problème. Lorsqu’on encourage une personne à boire de l’eau alors qu’elle consomme de l’alcool, ce n’est pas considéré comme une réduction des méfaits mais simplement une connaissance commune parmi ceux qui s’adonnent à cette pratique. Dans l’application sélective qu’on en fait, le terme « réduction des méfaits » crée une distinction entre les drogues « mauvaises » ou « dangereuses » et les drogues plus acceptées dans la société. Ces hiérarchies contribuent à maintenir des catégories de « positif » et de « négatif ».

“En se concentrant uniquement sur les méfaits et en omettant de reconnaître les avantages de la consommation, les méfaits continuent de prédominer et les avantages restent invisibles.”

Le Dr Hart commence sa discussion en citant le proverbe qui dit que « l’enfer est pavé de bonnes intentions. » Selon l’interprétation que j’en fais, le Dr Hart semble reconnaître que le terme réduction des méfaits ait émergé d’intentions positives, tout en identifiant les conséquences discursives et subjectives de l’évolution du terme. Dans un contexte de prohibition, la réduction des méfaits liés aux drogues est essentielle pour permettre aux personnes de rester en vie, de  maintenir une bonne santé et un une bonne qualité de vie, et pour faire respecter les droits de chacun.e à la sécurité, à la liberté et à la poursuite du bonheur, mais les principes et les stratégies qui sous-tendent ce concept vont bien au-delà du terme. Le Dr Hart ne prétend pas avoir de réponses faciles aux observations qu’il soulève, ni l’autorité pour déterminer un nouveau terme. Il propose plutôt que nous trouvions de nouvelles façons de désigner les stratégies de consommation de drogues qui sont plus flexibles et ouvertes aux avantages de la consommation. Le Dr Hart nous encourage à examiner les méfaits qui découlent de notre insistance verbale sur les méfaits potentiels de la consommation de drogues. 

Par Stephanie Arlt

Stephanie résidant actuellement sur le territoire des lək̓ʷəŋən (Victoria, C.-B.), Stephanie [elle/la] se passionne pour l’équité en matière de santé, la décriminalisation et les politiques en matière de drogues axées sur la réduction des méfaits. Elle prépare une maîtrise ès sciences dans une approche sociale de la santé à l’Université de Victoria. Sa thèse porte sur les politiques entourant les centres d’injection supervisée en Ontario sous le gouvernement Ford.

 

* Photos à vendre ou à la commande du photographe de réduction des risques Nigel Brunsdon. Consultez son website.

Share on twitter