Dans quelle mesure les services de consommation supervisée permettent-ils la consommation de drogues par voie orale, intranasale et inhalée ?

Photo Par: Prairie Harm Reduction

Les services de consommation supervisée (SCS) sont des lieux où les personnes peuvent consommer des drogues dans un cadre sécuritaire, supervisées par des membres du personnel qui sont embauchés pour leur apporter un soutien. Au niveau mondial, il existe actuellement 130 SCS et plusieurs autres sont en cours de développement.

 La majorité des SCS n’autorisent que la consommation de drogues injectables. Ces SCS améliorent la santé des personnes qui s’injectent des drogues. Ils contribuent à réduire les méfaits liés aux surdoses et à la consommation publique de drogues, et à améliorer l’accès aux services sociaux et de santé. Malheureusement, ils excluent souvent d’autres groupes de personnes qui consomment des drogues.

Effectivement, de nombreuses personnes consomment des drogues par d’autres voies que l’injection. Par exemple, beaucoup prennent des drogues par voie orale, en reniflant/sniffant (intranasale), ou en fumant (inhalation). Ces modes de consommation peuvent également comporter des méfaits pour la santé, tels que la surdose, la transmission du VIH et du VHC, et la vulnérabilité à la violence physique. Les SCS qui autorisent d’autres voies de consommation (outre l’injection) peuvent contribuer à réduire nombre de ces risques.

 En Europe, les SCS permettent depuis plus de 30 ans de sniffer ou de fumer des drogues, et d’utiliser d’autres formes de consommation non injectable. Récemment, au Canada, on a également commencé à ouvrir des SCS à la consommation de drogues par voie orale, intranasale et par inhalation. Pourtant, la plupart des recherches sur les SCS sont axées sur l’utilisation de drogues injectables. Par conséquent, nous disposons de très peu d’informations sur les SCS permettant d’autres voies de consommation.

Nous nous sommes donc interrogées sur ce que l’on savait déjà des SCS permettant la consommation de drogues par voie orale, intranasale et par inhalation. A quoi ressemblent-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Quels types de personnes les utilisent ? Dans le cadre d’un projet plus vaste, nous avons rassemblé des rapports et articles scientifiques, et des rapports non académiques, qui mentionnent des SCS permettant la consommation de drogues autres que l’injection. Nous avons résumé les informations sur l’aménagement, les heures d’ouverture, les règles, l’éligibilité et les personnes qui utilisent ces centres.

“Nous nous sommes donc interrogées sur ce que l’on savait déjà des SCS permettant la consommation de drogues par voie orale, intranasale et par inhalation. A quoi ressemblent-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Quels types de personnes les utilisent ?”

Nous avons identifié 48 SCS qui permettent la consommation de drogues par voie orale, intranasale ou par inhalation. La plupart étaient situés en Allemagne. 

 Nous avons constaté que les SCS autorisant la consommation de drogues par voie orale, intranasale et par inhalation étaient similaires aux SCS supervisant uniquement l’injection. La plupart étaient mis en place de manière légale et faisaient partie de services sociaux et de santé existants. Les services communs disponibles dans ces sites comprenaient la distribution de matériel de réduction des méfaits et une éducation à l’utilisation plus sécuritaire des drogues. Les personnes qui utilisaient des SCS permettant d’autres voies de consommation étaient généralement des hommes âgés de plus de 30 ans. La plupart d’entre eux étaient également sans logement ou avec un logement instable, comme les personnes qui utilisent des SCS pour l’injection.

Un âge minimum était souvent requis pour entrer dans ces SCS et la plupart excluaient les personnes enceintes ou les personnes ayant des enfants avec elles, qui sont souvent des femmes. Certains pourraient croire que ces exclusions aident à améliorer la sécurité ou à réduire la consommation de drogues chez les jeunes ou les personnes enceintes, mais l’exclusion des femmes et des jeunes peut en fait causer davantage de dommages. Les femmes qui consomment des drogues sont plus susceptibles de subir des violences que les hommes et les jeunes ont des habitudes de consommation de drogues plus risquées que les adultes. Pour ces raisons, les femmes et les jeunes qui consomment des drogues sont plus susceptibles d’être exposé·es à des maladies infectieuses. En veillant à ce que les femmes et les jeunes aient accès à des SCS, on peut leur apporter un soutien indispensable. Certains des SCS que nous avons sondés ciblent effectivement les femmes et les jeunes. Nous espérons que les futurs SCS se concentreront sur ces groupes vulnérables de personnes qui consomment des drogues afin de répondre à leurs besoins en matière de santé et de bien-être social.

Nous avons constaté certaines différences entre les SCS autorisant la consommation de drogues par voie orale, intranasale et par inhalation, par rapport aux SCS permettant uniquement l’injection. Les SCS autorisant l’inhalation disposaient de salles ventilées ou d’espaces extérieurs pour traiter la fumée produite. Les SCS que nous avons identifiés avaient également des limites de temps plus courtes pour l’inhalation que pour l’injection. Ceci peut s’expliquer par le fait que la préparation des substances pour l’inhalation est généralement plus rapide que pour l’injection.

“Nous espérons que les futurs SCS se concentreront sur ces groupes vulnérables de personnes qui consomment des drogues afin de répondre à leurs besoins en matière de santé et de bien-être social.”

Notre projet est une première étape dans l’amélioration de notre compréhension des SCS qui permettent de consommer des drogues autrement que par injection. Cependant, notre liste est encore incomplète. Tous les SCS ne publient pas d’informations sur leurs services et beaucoup des documents que nous avons trouvés n’étaient pas clairs. Par exemple, de nombreux articles discutaient des caractéristiques des SCS en général et ne précisaient pas quelles caractéristiques (par exemple, la disposition, la voie de consommation) s’appliquaient à chaque SCS. Lorsque le même système de ventilation était abordé dans plusieurs articles, les informations étaient souvent contradictoires. Cela limite notre compréhension des différents modes de fonctionnement de ces systèmes.

Comme de plus en plus de SCS cherchent à soutenir les personnes qui consomment des drogues par d’autres voies de consommation, nous espérons voir des recherches supplémentaires sur ces services. Des connaissances claires peuvent mieux soutenir leur développement. En fin de compte, nous pensons que ces SCS peuvent aider à répondre aux besoins uniques des personnes qui consomment des drogues par voie orale, intranasale et par inhalation.

Par Nicole Gehring, Kelsey Speed et Elaine Hyshka

Nicole Gehring : Nicole est étudiante à la maîtrise dans le domaine des sciences des politiques de la santé à l’École de santé publique de l’Université de l’Alberta et assistante de recherche pour le Inner City Health and Wellness Program (ICHWP) à l’Hôpital Royal Alexandra. Elle s’intéresse aux facteurs structurels qui ont une incidence sur la santé et les enjeux sociaux pour les personnes qui consomment des drogues, à la réduction des méfaits, et à la recherche sur les services et les politiques de santé.

Kelsey Speed : Kelsey est responsable principale de programme à l’École de santé publique de l’Université de l’Alberta et au Inner City Health and Wellness Program (ICHWP) à l’Hôpital Royal Alexandra. Kelsey a obtenu une maîtrise en sciences de la santé publique et des systèmes de santé de l’Université de Waterloo en 2016. Elle mène actuellement des recherches sur les programmes de réduction des méfaits dans les établissements de soins aigus et dans la communauté, et travaille avec les partenaires communautaires du ICHWP pour aider les personnes qui consomment des drogues à améliorer leur santé et leur bien-être.

Elaine Hyshka : Dr. Elaine Hyshka est professeure adjointe en politiques et gestion de la santé à l’École de santé publique de l’Université de l’Alberta et directrice scientifique du Inner City Health and Wellness Program (ICHWP) à l’Hôpital Royal Alexandra. Son programme de recherche appliquée sur les services et les politiques de santé vise à promouvoir une approche de santé publique pour répondre à la consommation de substances psychoactives. Ses travaux sont menés en partenariat avec des fournisseurs de services sociaux et de santé, des organismes de défense de la santé publique et des gouvernements à l’échelle locale, provinciale et nationale.

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