36,4 degrés Celsius

Photo Par Clem Fong

Tous les jours depuis un an, depuis la nouvelle pandémie, je dois passer un monitorage de la COVID-19 avant d’être autorisé à entrer dans le Dr Peter Centre. Un·e infirmier·ère, très gentiment, mais fermement, procède au nouveau protocole normal. L’infirmier·ère me demande si j’ai eu des symptômes, si j’ai été en contact avec des personnes atteintes de la COVID-19, si j’ai voyagé à l’extérieur du Canada, etc. Puis la personne prend ma température, qui est de 36,4 degrés la plupart du temps.

En tant qu’organisation de santé de première ligne, nous avons fait de gros efforts pour nous assurer que chaque membre du personnel ne présente pas de symptômes de COVID-19. Au-delà du dépistage, nous reconnaissons l’importance de maintenir le personnel en bonne santé générale — physiquement, mentalement et émotionnellement. Mais le poids de la pandémie est considérable et ce travail quotidien, auquel s’ajoutent les récentes « découvertes » concernant les enfants des écoles résidentielles, les catastrophes environnementales, les problèmes de santé mentale et une crise de surdose mortelle, a pour effet de faire resurgir les traumatismes et les déclencheurs du passé.

“Mais le poids de la pandémie est considérable et ce travail quotidien, auquel s’ajoutent les récentes « découvertes » concernant les enfants des écoles résidentielles, les catastrophes environnementales, les problèmes de santé mentale et une crise de surdose mortelle, a pour effet de faire resurgir les traumatismes et les déclencheurs du passé.”

En réponse à l’augmentation alarmante, des décès par surdose dus à un approvisionnement en drogues empoisonné, des recherches plus compréhensives, efficaces et de qualité ont été menés, et le secteur de la réduction des méfaits s’est développé à un rythme effréné. Cela semble parfois très lent, mais si nous nous arrêtons pour réfléchir à ce qui s’est réellement passé, c’est incroyable.

Des succès remarquables et innovants ont été réalisés : des milliers de vies ont été sauvées ; des sites de prévention des surdoses et des sites de consommation sécuritaire sont en train d’ouvrir dans tout le pays ; la visibilité, l’attention et les discussions sur la réduction des méfaits et l’approvisionnement sécuritaire se sont accrues ; les ressources financières et humaines ont augmenté ; les idées et les synergies entre les individus, les organismes et les gouvernements se sont multipliées.

Il y a également eu des frustrations, des obstacles et des reculs : un soutien gouvernemental irrégulier, une compétition de plus en plus intense pour des ressources limitées, la stigmatisation et la discrimination à l’égard des personnes qui consomment des drogues et de ceux et celles qui vivent avec le VIH ; un racisme exacerbé et des défis organisationnels imprévus.

Notre secteur est à la fois dynamique, chaotique, inspirant et fragile — nous sommes motivés par la passion et un besoin émotionnel profond de prendre soin des autres. Mais qui prend régulièrement notre température ? Comment nous assurons-nous que notre santé physique et mentale et notre bien-être en tant que secteur sont intacts ? Comment nous assurons-nous que nous prenons les mesures nécessaires pour maintenir notre secteur en bonne santé mentale et émotionnelle au quotidien ?

“Notre secteur est à la fois dynamique, chaotique, inspirant et fragile — nous sommes motivés par la passion et un besoin émotionnel profond de prendre soin des autres. Mais qui prend régulièrement notre température?”

Je ne prétends pas avoir de réponses à tout cela, mais je sais que la situation sera de plus en plus difficile pour tout le monde. Notre seul espoir de réussite est un secteur fort composé de personnes diverses, en bonne santé, engagées et, surtout, passionnées.

Je sais cependant que, comme chacun d’entre nous, j’ai un petit rôle à jouer et que je dois m’engager activement à apporter des changements positifs. Ainsi, pour aujourd’hui, je prends trois engagements :

  1. Prendre ma température et me garder centré et en bonne santé, afin de pouvoir me présenter et participer à 100 % ;
  2. Surveiller le Dr Peter Centre pour détecter les signes de problèmes organisationnels ou de « mal-être » ; et
  3. Diriger avec intégrité, authenticité et dans un esprit d’amour.

Par Scott Elliot

Scott Elliott travaille au « Dr. Peter AIDS Foundation » depuis 2017. Il a plus de 30 ans d’expérience dans la création et la réalisation de programmes d’engagement communautaire innovants et viables au milieu du secteur à but non lucratif. Il est motivé par un profond désir d’apporter des changements transformateurs dans la vie des personnes vivant avec le VIH, de troubles de santé mentale, de dépendance, de pauvreté et de besoins médicaux complexes. Présentement, Scott fait partie du conseil d’administration de CATIE (La source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C) pour la région du Pacifique.

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