Les prescriptions de méthadone pendant les congés

La prescription de méthadone et d’autres traitements par agonistes opioïdes (TAO) aux personnes qui consomment des opioïdes (opiacés) est au cœur des stratégies de réduction des méfaits dans le monde entier. Un TAO, si la dose prescrite est adéquate, constitue un outil pouvant apporter stabilité et qualité de vie aux personnes qui dépendent des opioïdes au quotidien. Par contre, les vacances et congés, qui devraient être l’occasion de se détendre et de passer du temps avec ses proches, peuvent apporter leur lot de difficultés aux personnes qui suivent un TAO et qui se demandent : Comment vais-je obtenir ma dose sans que toute ma famille le sache?

“Comment vais-je obtenir ma dose sans que toute ma famille le sache?”

Dans le cadre du système actuel de TAO en Ontario, si une personne a manqué plusieurs doses d’affilée, n’a pas fourni un test d’urine pour confirmer la présence de drogues (même celles qui ne sont pas des opiacés) ou ne suit pas le programme depuis assez longtemps pour avoir droit à des doses de méthadone pour auto-administration, il appartient au prescripteur ou à la prescriptrice d’autoriser ou non les doses à emporter. S’il ou elle a un élan de générosité et que le congé ne dure qu’un jour, il pourrait être possible d’obtenir une prescription pour une unique dose à emporter, mais rien n’est garanti. Ce qui risque plutôt de se passer, surtout lors des congés ou des voyages de plusieurs jours, c’est que la personne devra trouver une pharmacie ouverte pour se faire administrer sa dose de méthadone. Ce n’est pas chose facile, car il existe peu (ou pas) de répertoires en ligne complets des pharmacies, et seul un petit nombre de celles qui sont ouvertes pendant les jours fériés accepteront de fournir une dose de ces médicaments essentiels à un·e client·e de l’extérieur de la ville. Quand est-ce que les personnes qui suivent un TAO pourront obtenir leurs médicaments comme tout le monde? Quand cessera-t-on de tout réglementer à ce point? 

“Quand est-ce que les personnes qui suivent un TAO pourront obtenir leurs médicaments comme tout le monde? Quand cessera-t-on de tout à ce point?

Il peut être ardu d’obtenir sa dose quotidienne lorsque l’on visite un nouvel endroit ou que l’on ne connaît pas la langue locale. Bien souvent, les médecins ne rendent pas la chose facile et démontrent peu d’empathie ou de compréhension envers la situation de la personne. Si la personne se trouve en milieu rural ou qu’elle voyage à l’extérieur de la ville, c’est à elle de trouver une pharmacie qui lui délivrera le médicament. L’impossibilité de trouver une pharmacie disposée à fournir tout type de TAO peut souvent ruiner des vacances et les transformer en une mauvaise expérience douloureuse. Pour éviter des symptômes de sevrage désagréables, difficiles à comprendre par ceux qui n’en ont jamais fait l’expérience, et profiter de ses congés dans la dignité, la paix d’esprit et le confort, les gens doivent se tourner vers la rue pour trouver n’importe quelle solution de rechange à leur médicament. Puisque l’offre de drogues de rue est imprévisible et contaminée, la situation peut très facilement tourner à la surdose ou se solder par un décès, à un moment qui aurait dû en être un de réjouissances.

 Ces thérapies strictes qui sont censées aider peuvent donner des résultats qui sont loin d’être parfaits : c’est la triste réalité des personnes qui suivent un TAO. On parle souvent de la méthadone comme de « menottes liquides », car les directives actuelles dans de nombreuses régions limitent la capacité de la personne à prendre des vacances, à passer du temps avec sa famille, à se former en participant à des conférences en dehors de la ville et tout simplement à profiter de la vie. De mon côté, j’ai entendu parler de pharmacies et de médecins qui facilitent la vie des gens en étant plus souples sur les règles entourant les doses à emporter et d’autres protocoles, mais la majorité des gens ont fait l’expérience de médecins qui ne se préoccupent guère des conséquences à long terme et qui se concentrent plutôt sur l’aspect lucratif de la prescription ou de la gestion d’une clinique offrant des TAO. Ce ne sont peut-être pas toutes les personnes dépendantes aux opioïdes qui vivent cette situation pendant les congés, mais j’ai l’impression que la situation est aussi terrible que je la décris, voire pire, pour la plupart des gens.

Par : Andrzej Celinski

Andrzej Celinski

Membre très engagé du milieu de la réduction des méfaits, Andre fait partie de l’ACPUD. Ses écrits portent sur les enjeux entourant l’accès au logement, la marginalisation, la consommation de drogue et les nombreuses conséquences néfastes de l’interdiction des drogues. Il détient un baccalauréat et une maîtrise en études de l’environnement de l’Université York avec spécialité en urbanisme.